Présentation de la légende fondatrice de Saint-Sulpice la Forêt

La légende fondatrice

Selon une légende, c'est un berger qui aurait découvert, au bord d'un étang, en forêt, dans un nid de merle, une statue de la Vierge qui brillait merveilleusement.
Sept fois, il l'aurait emportée et sept fois la statuette serait retournée dans le nid. En mémoire de ce fait, une chapelle fut construite en l'honneur de la Sainte Vierge au bord de cet étang ; elle fut nommée, en 1146, Chapelle de Notre Dame sur l'Eau.

 

L'Abbaye, son développement et son déclin

L'installation de l'Abbaye

C'est en ce lieu saint, de la forêt dite du Nid au Merle, dans la clairière de Notre Dame sur l'Eau, qu'un religieux, Raoul de la Fustaye, disciple de Robert d'Arbrissel, fonda en 1112 une maison religieuse bénédictine selon l'ancienne tradition celtique : un monastère principal de femmes dirigé par une Abbesse et, tout près, au lieu-dit "La Butte aux Moines", un monastère d'hommes assujetti, lui aussi, à l'autorité de l'Abbesse, les moniales assurant le temporel, les moines ayant en charge les offices et la direction spirituelle. La première Abbesse fut Marie de Blois, fille d'Etienne d'Angleterre ; elle assura sa fonction jusqu'en 1156.

L'église abbatiale fut érigée vraisemblablement sous le règne de Conan IV (1137-1171).

 

Le rayonnement de l'Abbaye

Placée directement sous l'autorité du Saint Siège, dirigée par Marie de Blois, l'Abbaye ne tarda pas à rayonner dans tout l'Ouest, ayant sous sa tutelle, en moins d'un demi-siècle, environ 180 prieurés. La renommée de l'Abbaye gagna même l'Angleterre.

L'Abbesse, outre son autorité religieuse, exerçait aussi son droit de haute justice et disposait, pour cela, d'un auditoire, d'une prison et de fourches patibulaires à quatre poteaux pour les condamnés à la pendaison.

La seigneurie de l'Abbaye de St-Sulpice s'étendait sur les paroisses voisines (Mouazé, Betton, Saint-Aubin d'Aubigné et Chasné-sur-Illet). L'Abbesse était propriétaire, sur Saint-Sulpice, de l'église, du monastère, du cloître, des maisons, de petits colombiers, des moulins, des étangs, bois et vergers, des prés et métairies, des landes, des terres arables, de maisons et de prés en la ville même de St-Sulpice.
L'ensemble des revenus de ces biens permettait de couvrir les dépenses ordinaires et extraordinaires. L'Abbaye jouissait aussi d'un droit d'usage dans les forêts de Rennes, Saint-Aubin-du-Cormier et Liffré pour y prélever son bois de chauffage, ainsi que le bois de charpente pour entretenir et réparer ses propriétés bâties. Le bétail de l'Abbaye avait aussi le droit de paître en forêt de Rennes.

L'Abbaye avait obtenu des Ducs de Bretagne l'autorisation de tenir un marché au bourg qui, dans un premier temps, eut lieu les dimanches, puis à partir de 1432 les vendredis.
Autour de l'abbatiale furent progressivement édifiées de nouvelles constructions : le moulin à eau sous Jeanne de Milon à la fin du 13ème siècle, la porte principale de l'Abbaye fut édifiée en 1423 sous Guillemette de Taillis, la Chapelle Notre Dame sur l'Eau fut mise en chantier en 1435 sous Guillemette de Milon ; cet édifice remplaça la chapelle ducale présente au 12ème siècle, du même nom et quasi-contemporaine de l'Abbaye.
Le pavillon et le cloître, détruits par l'incendie de 1651, fut reconstruit au 17ème siècle sous l'Abbesse Marguerite d'Angennes. C'est aussi à cette époque que furent édifiés la halle, l'auditoire et l'auberge de l'Ecu de France (1632).

 

Le déclin progressif de l'Abbaye

C'est le rattachement de la Bretagne à la France qui amorça le déclin de l'Abbaye ; des catastrophes successives contribuèrent à la destruction progressive des bâtiments. L'Abbaye fut ravagée par plusieurs incendies (1556, 1651, 1701). La grande tempête de 1616 détruisit les toitures. La peste en 1583, les guerres de religion en 1595 et les famines, dont celle de 1661, eurent raison du rayonnement et de l'autorité de l'Abbaye.

Un sursaut de renommée eut lieu après l'incendie de 1651, grâce à la reconstruction partielle sous l'autorité de Marguerite d'Angennes qui gouverna le monastère pendant 54 ans. Le portrait de cette Abbesse se trouve dans la salle du Conseil de la mairie ; il fut réalisé, sur une commande de sa nièce, Marguerite de Morais ; il est daté de la fin du 17ème siècle.

Le monastère des Frères avait disparu en 1679. A la Révolution, l'Abbaye déjà  très affaiblie fut abandonnée par les religieuses qui trouvèrent refuge à Rennes. Les bâtiments furent livrés aux pillards qui, fort heureusement, démantelèrent en priorité les plus récents d'entre eux, leurs pierres étant plus propices à être réutilisées pour les constructions.

Abandonnées à la nature, les ruines abbatiales ne furent réhabilitées qu'après leur achat par le Conseil Général d'Ille-et-Vilaine en 1989, et leur classement en monument historique en 1990.
Depuis 2005, leur mise en valeur est achevée et leur visite est ouverte au public. Il faut rendre hommage à la société d'Archéologie locale, qui eut le mérite d'attirer l'attention des politiques sur ces ruines à la fin des années 70.

La chapelle "Notre Dame sur l'Eau" est une propriété privée, un toit protégeant les murs a été réalisé.